LA DEESSE EST MALADE

Posté par provola le 7 juin 2013

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                        Chomolungma, déesse mère de la Terre, ainsi les Tibétains nomment-ils le mont Everest. Et peut-être ont-ils raison. Cette montagne pourrait bien être notre mère à tous, car rien ne dit que ce ne soit pas le cas. On vient de fêter son 60 ème anniversaire, depuis la conquête de 1953 par Sir Hillary et Tensing Norgay.

 Sauf que ce bout de caillou qui touche le ciel est aussi malade que le reste. Car rien n’échappe à la destruction, même les églises, les sanctuaires,  même les dieux. Durant le dernier demi-siècle les glaciers de l’Everest ont diminué de 17% et la limite des neiges s’est élevée de 180 m. Voilà la réalité de la situation mise en évidence par le glaciologue Népalais Sudeep Thakuri. Les recherches de ce glaciologue et de son équipe concerne toute la région du Sagarmatha National Park, d’une superficie de 1148 km2. Cette équipe de chercheur a étudié les images satellites, et diverses études historiques effectuées durant ces dernières décennies. 

 Thakuri estime que le retrait des glaciers est en train d’accélérer. Une des hypothèses étant que les effets du réchauffement global se fassent sentir dans la région appelée parfois le troisième pôle. Lae chercheur a remarqué que ce sont les plus petits glaciers qui ont tendance a disparaître le plus rapidement. Ceux qui ont une superficie inférieure au km2 ont vu leur masse totale diminuer de 43% depuis 1960. En moyenne les langues de glace se sont retirées de 400 m.

 La principale préoccupation qui ressort de cette étude est la progressive diminution des réserves d’eau douce stockée dans les glaciers d’altitude de l’Himalaya dont dépend un bassin de population de 2 milliards d’individus.

 Comme si la disparition programmée de ses nappes blanches ne suffisait pas à faire de ce lieu mythique une peau de chagrin, les curés de la croissance ont pensé pouvoir y installer une usine à profits. 

 La chasse aux records y est devenu un business florissant, les cohortes de m’as-tu vu ont envahi les lieux à la recherche d’un moment de gloire. Les Népalais font payer une taxe à chaque volontaire et comme l’afflux de touristes s’est accru, ils ont pensé à élargir la voie normale, équipée désormais de cordes fixes qui sont à la montagne ce que sont les voies de circulation sont pour l’autoroute à péage. Il y a désormais la voie montante et la voie descendante. il faut prendre sont tour, passer à l’heure, éviter l’heure de pointe. Attendre les conseils de bison futé.

 Le camp de base est en passe de dépasser le bidonville de Bombay en vitesse de construction, les camps d’altitude 1 2 3 et 4 sont équipés d’aires de stationnement et de ravitaillement en bombonnes à oxygène. Car les apprentis des sensations fortes se foutent de la façon dont ils arriveront là-haut , le masque à oxygène permet d’amortir le voyage et de réussir sa photo souvenir.

Bien entendu ce déplacement continuel de convois exceptionnels est un supplice pour la vallée du Kumbu devenu un véritable dépotoir.

 Reynolds Messner le premier homme à avoir gravi le ciel sans oxygène disait qu’ au K2 on est toujours sur l’arête alors que sur  l’Everest on est comme dans le ventre d’une mère.

 Voilà ce qui reste de notre mère à tous, voilà bien ce que le capitalisme a fait de notre ventre nourricier, avant qu’une écographie macabre ne nous conseille pas autre chose que l’avortement d’urgence.

 

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IL ETAIT UNE FOIS KATMANDOU

Posté par provola le 29 juillet 2010

Avant la mondialisation, avant le shopping, avant les profits, avant la course aux richesses, au pied des grandes tours blanches, se cachait une vallée, pas plus large qu’un champ fleuri, coulait une rivière pas plus longue qu’une vie d’homme. 

A  Paschupatinath, crépitements des coeurs, au dernier soupir, les morts luisants se reflétaient dans les souvenirs du débit, les Dieux en transit s’échangeaient leurs passeports, il n’était point de consignes et de passe-droit, l’harmonie régnait, un point c’est tout.

Le Bouddha juste au dessus de l’horizon, sur la colline aux singes, accompagnait du regard les passants impénitents, quelques vishnous égarés sur l’herbe bitumée ralentissaient l’écoulement des cycles de vie, les roues s’enhardissaient dans un tourbillons de respirations. Un sourire d’ordinaire expression, un hochement du chef, « namasté ! », les mains jointives, une clé universelle. Des statues cardiaques, des pagodes en équilibre, des prières pour seule industrie, une éternelle instantanéité, des artistes partout qui consacraient leur existence aux plus hautes destinées, délicate souffrance.  Des êtres libres sans distinction de becs, de langues et de mantras.

Des notes inconnues à éloigner les moustiques, une chaleur inusuelle sans rapport avec la météo, le temps dans le fond absent des débats, un creuset de liberté.

Puis les antennes apparurent sans prévenir les piafs, concurrence déloyale, les débits de boissons, les hordes de sacs, les troupeaux d’obstinés de la montagne, les sniffeurs d’air pur, les accrocs, coke bon marché, l’abondance de dérisoire, la puanteur en soupape, bazars en guenilles.

Autrefois décor inaccessible aux rêves les plus fous, la vallée est le cauchemar des Dieux, la rivière éternelle charrie une mort réincarnée. La Bagmati est plus polluée que le Gange et le Brahmapoutre réunis, l’eau est plus lourde que le plomb et la vie n’est plus qu’une longue agonie. Autrefois les chiens errants s’arrachaient les restes des sacs en plastique, mais aujourd’hui les enfants sont des chiens qui n’ont plus d’air à respirer que la colle en sac plastique. 

Les filles ont quitté les versants fleuris pour remplir les bordels en fleurs, les touristes amoureux des cimes s’attendent à plumer les libidos vierges, plus jeune est la carne et plus hardi l’alpiniste qui trouve ici les parois discrètes.

Les Dieux crèvent à feu doux mais la population a admis la norme et le talon aiguille, l’atmosphère brûle la gorge, l’eau est imbuvable sauf pour les pauvres qui ont le droit de crever, mais le commerce avance, la banlieue dresse une armée de déçus.

Pauvreté et grandeur d’âme sont désormais précarité et misère de l’esprit.

Le tout est un plagiat à échelle réduite de la confusion générale qui voit du bonheur dans chaque foire et du profit dans chaque frustration.  

 

 

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