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LA TRANSHUMANCE DES CHARLIE

Posté par provola le 11 janvier 2015

 

L’homme est un mouton pour l’homme

Par François HOUSSET

“L’homme est un mouton pour l’homme” par sa tendance à vivre en troupeau et à suivre un berger.

LA TRANSHUMANCE DES CHARLIE dans CHERCHEZ L'ERREUR iPhone5

C’est un progrès s’il n’est plus une sale bête, un loup pour l’homme : il a été domestiqué. Historiquement, il a fallu reconnaître sa méchanceté naturelle : Machiavel disait qu’il fallait un despote assez méchant pour que la méchanceté de chacun s’en trouve écrasée et qu’une communauté vive en paix. Hobbes avait le même projet : un Léviathan, c’est-à-dire un monstre si terrifiant que le loup se transforme en agneau. Eh bien voilà, nous sommes devenus dociles, prévisibles : aujourd’hui nos maîtres ne sont plus tyrans, ils se présentent comme de bienfaisants bergers. Nous sommes conduits comme des moutons paisibles vers de verts paturages. Bien sûr ils parlent encore de sécurité, le chien du berger peut encore être laché et nous courir après, nous mordre même, mais enfin c’est pour notre bien, et nous nous en sommes convaincus ! Il nous faut un berger, avec un chien : nous ne supportons pas encore qu’un simple mouton commande. Avec un bon berger (il est bon par définition), nous suivons le troupeau sans hésiter, et nous voilà débarrasés de notre libre-arbitre, tant nous sommes assurés que le berger connaît le bon chemin et sait mieux que nous-mêmes où nous devons aller.

moutons_majorite dans CHERCHEZ L'ERREUR

Immergés dans le troupeau, nous nous rendons incapables de penser avec recul. Nous adoptons des attitudes standardisées, nous nous réfugions dans le conformisme. Un bon mouton ne fait pas preuve d’initiative, ne se demande plus ce qu’il peut être bon de faire : le berger le lui révèle. La volonté singulière du mouton n’a aucune force : il l’a jointe à celle des autres, ne se demandant plus quoi faire mais observant “ce qui se fait” pour marcher coûte que coûte avec le troupeau. On trouve de nombreuses analogies au berger et au troupeau dans les Évangiles : la religion relie nos singularités.

Un mouton n’existe que par et dans son troupeau, de même un humain n’est humain que s’il sert l’humanité et va dans son sens. Où nous conduit cette humanité ? Nous la suivons sans réfléchir, et c’est notre devoir. Les moutons de Panurge peuvent encore se précipiter dans le vide, parce qu’ils sont inséparables.

Il faut bien suivre l’humanité comme elle va ! Mais sans savoir où elle nous conduit. Il faut bien s’intégrer, s’assimiler, oser dire “je suis comme vous” à ceux qui bêlent à l’unisson. Seul on n’est rien : avoir une identité, c’est s’identifier. Il serait insuportable d’être traité comme une brebis galeuse, nous perdrions confiance en nous-mêmes ainsi qu’en ce troupeau que nous devons juger sain pour le suivre.

moutons_normale

Du leader ship au leader sheep, il n’y a pas grande différence. Les dominants du troupeau n’en sont pas moins moutons, rien n’est plus mimétique qu’un ambitieux. Celui qu’on suit doit être un modèle adéquat pour la masse conformiste. Si crédible, si visiblement “bon” (Nietsche rappelle que “bon” vient de “noble”, qui vient de “maître”) que le suivre c’est bien faire. L’histoire nous rappelle pourtant qu’il y eut, entre autres, un berger allemand, un guide (“führer”) rendant l’homme unidimensionnel, le réduisant à la simple dimension du mouton obéissant aux ordres, à n’importe quels ordres.

L’enjeu de ce débat était l’abolition des facultés critiques, l’aliénation sur une grande dimension, l’infantilisation de ceux qui se soumettent à un patre, padre, pater… et l’évaluation sans mauvaise foi de notre volonté. Il en faut de la soumission pour se précipiter ensemble dans le vide, ou aimer le bon berger qui, après avoir dorlotté ses bêtes, va les égorger.

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Pour ne pas être moutonier, il faut résister au suivisme, au copisme, au confort. Refuser d’être mené quand bien même tous clament qu’on les mène vers le bonheur. Penser seul, accepter l’inconfort de la pensée, être prêt même à penser contre soi (ce “soi” qui s’est construit par imitations), pour se retrouver naufragé volontaire de sa propre opinion.

François Housset
www.philovive.fr

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