LA FOI DE GAUCHE

Posté par provola le 25 février 2012

                               

                            L’interview accordée par Mélanchon à l’hebdomadaire chrétien « la Vie » est une excellente occasion de nous pencher sur notre relation à l’autre c’est à dire sur notre capacité de nous imprégner de cette Conscience collective qui nous permet de nous situer bien au delà de notre propre condition.

Mélanchon ne dit pas autre chose lorsqu’il entame son entretien de la sorte:  

« J’éprouve une jubilation à discuter avec des gens qui ont la foi. Ils se situent dans un espace comparable au mien, dans un domaine plus grand que soi. Nous partons de la même idée : aucun d’entre nous ne peut être heureux dans un océan de malheur. Nous sommes responsables du sort des autres. J’ai plus de facilité à parler avec des chrétiens qu’avec des traders ! Eux sont à l’opposé de mon monde qui est fait de responsabilité morale, individuelle et collective. Les catholiques ? Je les connais comme ma poche. Je lis les encycliques, moi, et je dois être le seul à gauche à le faire ! »

Les préjugés qui situent souvent le rapport au divin à droite en opposition à une gauche qui lutterait contre l’aliénation des peuples ne tiennent pas si l’on considère que Dieu n’est qu’une représentation humaine permettant d’élaborer une morale au dessus des lois et des modes. Dans le même ordre d’idées, le Dieu fait homme des Chrétiens n’est pas autre chose que l’Eveillé des Bouddhistes.

Jésus est fait Dieu par les hommes et pour les hommes qui font de cette figure l’image immanente du rapport du fugitif au permanent, du mortel à l’éternel, d’une vie humaine à celle des générations passées et futures. Le Bouddha trouve la Sagesse en fuyant le désir et donc sa satisfaction symbole d’immédiateté et de fugacité; sa conversion, son Eveil n’étant rien d’autre que la Résurrection attribuée au Christ qui restitue  par là-même à l’humanité les clés de l’éternité et à chaque être humain le témoignage de la transmission entre générations.

Ces différentes représentations du vivre-ensemble,  qui se situent au dessus du nombrilisme, ces différentes façons de soigner l’angoisse existentielle, si elles ne doivent pas interférer sur nos contingences quotidiennes permettent tout de même de relativiser la prédominance du politique en donnant les bases de réflexion qui sont un legs précieux des générations passées.

Le capitalisme attribue sa soi-disant réussite au fait qu’il aurait permis de sortir de la misère des milliards d’individus qui autrement auraient subis de plein fouet l’explosion de la population mondiale. Le commerçant et la pub auraient donc eu le mérite de remplacer le curé et le moine.  De la même manière  le socialisme n’est-il pas également une tentative avortée de contrarier la violence de l’égoïsme libéral ? Un matérialisme collectiviste de gauche n’est-il pas aussi une voie sans issue comme l’est le matérialisme égoïste de droite ?

L’angoisse du caddy plein est-elle donc un remède à la peur de la mort, la course au profit est-elle une façon de se libérer de la froidure existentielle ?

En quelque sorte le malaise sur lequel a débouché la purge libérale des trente dernières années, la compétition généralisée entre individus, entre nations, entre salariés d’une même boutique, n’est-elle pas plus profond que le simple étalage de la dégradation des chiffres du chômage ? Réussirait-on à gagner des points croissance, à réduire le chômage, à baisser le prix de l’essence, à rallonger l’espérance de vie de vingt ans, à agrandir l’écran de la télévision, à trouver la pilule du plaisir, aurait-on permis pour autant d’apporter le bonheur sur terre ?

Non, le malaise ne se situe certainement pas de ce coté là des livres comptables, la solution au mal-être se situe plutôt du coté de notre rapport à l’éternité, du coté de notre inscription dans un mouvement sans début et sans fin qui dépend de l’existence de nos aïeux, de celle des nos contemporains et qui détermine celle des nos enfants.  

Voilà introduites les notions de l’universel et du respect de l’environnement qui sont le respect absolu de l’Autre, et donc de la maison commune, qui restera bien après nous, voici les bases de réflexion qui nous permettrons de nous  préserver de notre propre folie; la voilà bien la révolution des consciences, le refus des nationalismes, et donc des nations mais pas des particularismes, le rejet des frontières mais pas des différences, des codes barres, mais pas des dialectes, des superstitions mais pas des religions.

Comme je rapproche la gauche des idées de solidarité, de compassion et de bienveillance, je considère que l’individualisme forcené est incompatible avec le partage, que la combativité motivée, que la compétition exacerbée dans la recherche du profit, que l’accumulation capitalistique sont  totalement antinomiques avec les valeurs de solidarité et d’égalité.

A tout prendre je préfère un mécréant qui défend la foi à un fou de Dieu qui veut évangéliser les tribus amazoniennes, je préfère un ancien chrétien révolutionnaire à un conservateur bigot tombé sous le charme du profit. Comme dit Mélanchon, le mécréant anticlérical: « la foi est une brulure », comme dit le pieux Bush lancé à l’assaut des forces du mal: « Dieu est avec l’Amérique »,

Pour un homme de droite, la liberté est la valeur fondamentale sans laquelle aucune autre n’existe, mais comme dit Rousseau homme de foi mais aussi homme de gauche, avant que la gauche n’existe, il n’est pas de liberté sans égalité.

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