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LE PEN: ET SI LE CAUCHEMAR SE REALISAIT

Posté par provola le 6 mars 2011

                               Voici un peu plus de deux mois, je tentais d’exorciser le cauchemar d’une ligne d’arrivée au second tour de la Présidentielle avec le pion sortant et la fille du Père, scénario qui renouvellerait le cataclysme du 21 avril 2002 et l’éviction de Jospin, ce qui avait conduit à réélire Chirac dans un fauteuil.

A la suite du sondage du Parisien publié aujourd’hui on ne peut que constater que le cauchemar pourrait se répéter et que le jeu d’apprenti sorcier auquel s’adonne notre grand comique de la communication à deux balles flirte avec une périlleuse descente aux enfers. Le Pen à 23%, De Funès et Aubry à 21 % , on y est , et des deux pieds, dans la mélasse, dans le sordide, le glauque. Nul besoin d’être devin pour constater qu’une grogne incontrôlée se répand, des soutes du désespoir économique, des tréfonds de l’angoisse existentielle.

A force de stigmatiser les uns et les autres, les Roms, les Musulmans, les Beurs, les Quartiers, et d’inviter les chantres du mal vivre ensemble, à force d’afficher les Zemmouriens à la tribune de la démagogie, à force d’instrumentaliser les populistes patentés, et de nous expliquer que les pauvres sont pauvres et que les noirs ont moins de chance que les autres, la soi-disant démocratie risque un retour de bâton terrifiant.  

A force de monopoliser la vie politique, les partis dits de pouvoir ont spolié le peuple du débat démocratique, se pensant à l’abri pour les prochaines décennies. Les puissances économiques à la base de cette liberté tronquée ont profité d’un système électoral dictatorial basé sur la confiscation des pouvoirs. 

Le principe démocratique est le dialogue, comment peut-on définir un système majoritaire qui dénie tout débat à la représentation parlementaire ? On sait bien que notre assemblée ne représente pas le peuple et surtout qu’elle n’a qu’un rôle de bureau d’enregistrement des décisions présidentielles. Le Président ne rend aucun compte au peuple, se complaisant dans des institutions à la mesure de son  incompétence. Mais surtout le peuple s’est enfin rendu compte que le jeu qu’on veut lui faire jouer est un jeu de dupes où quelques uns ne cherchent qu’à obtenir une légitimité à leur projet de confiscation du pouvoir.

Un demi-siècle que les Français se laissent berner par des institutions conçues à l’origine sur mesure pour le Général mais ayant depuis permis à la bourgeoisie de parfaire sa main-mise sur l’économie.  Seulement voilà, le chômage, la précarisation à marche forcée, la paupérisation de tranches importantes de travailleurs, poussent de plus en plus d’électeurs vers le rejet des responsables du désastre en cours, y compris les sociaux-démocrates. 

Le mouvement de bascule actuel vers l’extrême droite ne surprendra que les aveugles et les nantis pour qui la crise n’a aucunement entaché les privilèges. Ceux-là ont sans doute besoin d’une bonne décharge populaire, qui ne sera qu’un nouveau coup d’épé dans l’eau. Car les médias embrigadés joueront la partition des vierges effarouchées appelant au rassemblement républicain au second tour, pour que se perpétue le racket institutionnel de la Cinquième république.

  

Rappel de l’article du 22 décembre 2010: Des miettes de gauche.  

Des miettes, il ne reste que des miettes de gauche et encore, pas toutes de gauche. Il y a des miettes de biscottes sans sel, qui sont au pain ce que l’huile de ricin est à l’huile d’olive, question de goût et de digestion. Comme les miettes n’ont jamais reformé du pain, les partis de gauche ne feront qu’un tas de déçus du premier tour, aux prochaines élections présidentielles. Le scrutin majoritaire à deux tours est ainsi fait qu’il n’est point de salut sans appui sur la planche d’appel des 17%.

On peut estimer à 20% du premier tour (ce qui représente 10 % de la population; ces 10% possédant 40% de la richesse nationale) le socle électoral sur lequel est fondée la forteresse De Funès, dont le but est de défendre le patrimoine des nantis. A 17% se situe la ligne de démarcation séparant l’accession à la deuxième marche du podium, de la cohorte des recalés pour cinq ans, de plus.

On peut imaginer un Front National aux abords de cette ligne fatidique, ce qui reviendrait pour Marine Le Pen à renouveler le cataclysme du 21 avril  2002 provoqué par son père. Cet électorat planté sur l’étendard étant composé en gros de 5 % de vrais frontistes endurcis et nationalistes, les deux autres tiers étant des refoulés et d’anciens partisans de gauche, issus pour la plupart des couches populaires ayant le plus subit les ravages de la crise économique et ayant quitté définitivement la gauche au discours brouillé. 12% d’électeurs seraient donc passés directement de gauche à l’extrême droite. Mais là, on peut penser que ces 12% représentent en fait le quart de la population car les couches populaires sont celles qui se détournent le plus des échéances électorales, car totalement désabusées par un jeu démocratique détourné au profit de quelques privilégiés.  

Le solde électoral est composé d’une gauche dite sociale-démocrate, pour éviter de faire peur aux gens de gauche qui ont réussi mais qui n’osent pas passer sur l’autre rive, qui est celle d’une cupidité qui s’assume. Cette gauche post-Mittérandienne a perdu ses fidèles bien qu’elle conserve son casting historique composée d’éléphants en mal de pouvoir et de jeunes énarques qui souhaitent mettre à profit leurs études et leur relationnel de bobos comme Valls ou Montebourg; d’autres toutes salades bio dehors sont prêts à passer chez les Verts pour peu que ceux-ci battent le rappel 68 ard. D’autres anciens socialos ont déjà enjambé la bien-pensance actuelle pour voter écolo, l’approche soporifique étant inchangée, l’apparat peut-être un poil plus moderne. Ces cohortes de gens généralement bien-portants, les Socio-démocrates et les Verts représentent peu ou prou  30 à 32% de l’électorat, le problème est qu’il faudra les diviser en deux au moment du premier tour, même avec Strauss-Khan en artificier en chef. Et 32 divisés par 2 ne font jamais que 16%, si vous voyez ce que je veux dire.

La vraie gauche, celle qui veut changer au moins les étiquettes des rentiers, devrait, elle,  s’en tirer avec les oreilles de Mickey, avec 14% des voix, 6% pour le front de gauche, 5% pour le NPA de Besancenot et Krivine, 3% pour Lutte ouvrière. 

Enfin relevons le baroud d’honneur des anciens proches du sommet, mais jamais tout à fait, les Bayrou, les Morin, les Borloo, les Villepin qui se replaceront au centre en espérant émerger de nulle part lors du grand ratissage de printemps, au second tour. Comme ces quatre là pensent la même chose mais se détestent, ils iront en ordre dispersé et récolteront en tout 12% si les vents sont cléments. Ajoutons les chasseurs, les pêcheurs, les traditionalistes, les écolos radicaux, qui récolteront en tout 5%.

Faites le compte, cela fait bien 100%; en omettant sciemment de compter les 5% de votes non exprimés, blancs ou nuls, (qui ne servent qu’à faire croire qu’ils servent à quelque chose, et en tout cas pas dans le calcul des pourcentages) à bien y regarder, le scénario ressemble à s’y méprendre à celui de 2002, qu’on disait à tout prix vouloir éviter.

Et au deuxième tour on nous refera le coup du « tout sauf Le Pen. », pour la joie de Carla. Voilà une gauche majoritaire, à 58% (en comptant les 12% de déçus votant Front National) qui pourtant restera clouée au pilori. 

Après tout, le cauchemar n’est-il pas déjà inscrit dans les gênes de la Cinquième République ?

A quand un téléthon pour changer d’institutions ?

Le reste, c’est à dire la montagne de verbiages dont nous allons être submergés, cette pelleté de vacuité censée redonner un semblant de crédibilité à une vie politique obsolète et partisane ne pèsera plus que le poids d’une plume ramollie au moment du verdict.

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