TUNISIE: LA LIBERTE DE SE VENDRE

Posté par provola le 17 janvier 2011

                      Au delà d’un écroulement de l’édifice Ben Ali, c’est bien à une fissuration du système de corruption généralisée à laquelle on est en train d’assister. Le régime en place ne pouvait pas subsister sans un réseau dense de complicités et de spoliations du bien public au profit non seulement d’une famille mais aussi de groupes d’intérêts privés, englués jusqu’au cou dans un bain d’eau frelatée. Le lâchage du pouvoir a sûrement déjà eu lieu il y a un certain temps, en sous-main, à l’abri des regards, par le fait d’une caste de grands profiteurs du régime.

Aux premiers rangs desquels, les majors français du bâtiment et de la grande distribution tiennent le haut du pavé. Carrefour en particulier domine la grande distribution en Tunisie; l’enseigne y est implantée depuis 2001 avec un immense magasin à proximité de la Marsa. Depuis 2009 il y a implanté sa chaîne de négoces de marque Carrefour Market. Son implantation en Tunisie est une brique de l’édifice qui comprend des implantations dans l’ensemble du Moyen-orient dans les modèles de démocraties que sont l’Arabie Saoudite, le Qatar, Oman, les Emirats Arabes Unis, le Koweït, la Jordanie.  Vinci pour sa part opère en Tunisie via cinq sociétés, Eurovia Travaux ferroviaires, Vinci construction, Dumez, Freyssinet et società Italiana Dragaggi, sans compromissions, bien sûr. 

On le sait bien, le business ne connaît ni frontières, ni déontologie, ni barrières idéologiques, aussi le fait de se fourvoyer avec une espèce de dictature, soi-disant soft ( la Tunisie étant partout affichée par une certaine propagande comme étant la plus acceptable des dictatures arabes) n’a jamais représenté un obstacle à la conquête des marchés et l’on peut imaginer avec quelle promptitude ces entreprises du stato-quo sauront préserver leurs intérêts et reprendre la main dans une nouvelle configuration de racket économique. Nul doute que les marchands de tapis parviendront à sauver les apparences en faisant table rase d’un passé encombrant, avant de se laisser aller aux mêmes combines de corruption des classes dirigeantes.

Le capitalisme a cette faculté d’adaptation à toutes les crises, qui lui permet de revivre après avoir été convaincu des pires exactions. Le capitalisme peut renier jusqu’à son âme pour draguer les profits futurs. On peut imaginer que les nouvelles équipes qui seront appelées aux rênes du  pouvoir de Tunis, si peu habituées aux joutes et aux forfaitures capitalistiques seront des proies faciles pour un système de corruption d’un autre type que le gourdin des milices fascistes. Système qui a permis dans une démocratie aussi évoluée que la nôtre à quelques groupes de s’arroger des situations de monopoles jusque dans les derniers recoins de l’activité économique.  Qui empêchera les Bouygues, les Vinci de truster les grands travaux, (comme ils le font en France de manière « totalement transparente ») à terme les concessions autoroutières, hospitalières, les prisons; qui freinera les Carrefour, les Auchan, dans leur volonté d’envahir le pays sous couvert de développement rapide ? (Ceux-là mêmes qui savent si bien détruire les millions d’emplois du petit commerce.)

N’est-ce pas ce qui s’est passé pour un pays comme le Portugal où après la « révolution des oeillets » de 1974, après l’entrée dans la communauté européenne de 1986, et après 25 ans de révolution démocrate, les jeunes ont repris le chemin de l’émigration faute d’avenir ? Comment éviter l’appropriation de pans entiers de la souveraineté nationale par des multinationales assoiffées de profits ? Quelques backchichs bien arrosés ne faciliteront-ils pas le passage d’une dictature vers une démocratie coloniale aux mains d’intérêts étrangers, le virage d’un manque de liberté vers une liberté vendue ? 

Alors oui les Islamistes pourraient trouver là terrain fertile à leurs ambitions car le populisme religieux se fonde sur les mêmes distorsions du discours démocratique, s’attaquant à des situations de misère organisée et de corruption institutionnelle.

Et l’on mettra sur le dos d’une démocratie naissante le manque de pugnacité face à la menace terroriste, laissant une porte ouverte à une alternative proche de la manière forte qu’on vient à peine de saborder. 

Mais tout cela c’est le combat d’après-demain, demain, il y a une révolution à terminer.

 

 

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