LE PRIX DU VENT

Posté par provola le 25 octobre 2010

                     On a pillé outre mesure le sang de la Terre, on a sali la lumière du soleil et on a rien payé, pour la simple raison que la nature n’a jamais demandé qu’on rembourse quoi que ce soit.

Actuellement se tient à Nagoya au Japon la Conférence sur la biodiversité, il s’agit rien moins que traduire en valeur sonnante et trébuchante le coût de la dégradation des nos écosystèmes. une centaine d’experts chapeautés par l’Indien Pavan Sukhdev ont planché durant trois ans et ont présenté ce rapport considéré comme une  Bible en matière d’évaluation des dégradations portées à la nature.

Prenons les exemples de la déforestation et de la dégradation des milieux marins, l’actuelle érosion des biotopes terrestres, forêts, océans, sols, qui jusqu’ici se renouvelaient naturellement coute dors et déjà à l’humanité entre 1300 milliards d’euros et 3100 milliards d’euros, en comparaison le FMI chiffre à 1150 milliards d’euros les pertes bancaires subies durant la dernière crise financière.

La disparition des massifs coralliens par l’action du réchauffement et de l’acidification des océans coûteraient environ 120 milliards d’euros à l’humanité en terme de disparition de la faune marine, du manque à gagner touristique et ainsi de suite.

On pourrait ajouter à ce tableau que certains ont profité de cette dégradation tout en étant pas propriétaires de la faune marine, des coraux, des cours d’eau. D’autres n’ont rien gagné et en plus se retrouvent en première ligne face aux contraintes induites par l’appropriation et le saccage des autres.

Pavan Sukhev abordant les questions environnementales sous l’aspect économique parle de Capital Naturel, exprimant ainsi que la manne représentée par les ressources de la planète devrait désormais représenter une valeur marchande au même titre que tout autre capital. Comment mieux intéresser en effet les acteurs économiques qu’en leur donnant à gérer une valeur marchande, la charge émotionnelle n’ayant que peu d’effets réels sur les mouvements économiques.

L’idée serait de recommencer à monétiser la nature, à créer un marché des biodiversités sur le principe de la bourse du CO2.

Voilà bien une bonne idée, en apparence, il peut sembler de bon aloi de prendre en compte le pillage systématique  des ressources naturelles et de faire payer sur le principe du pollueur payeur. En fait au bout de la chaîne que se passe-t-il vraiment ? Ne va-t-ton pas toujours faire payer le consommateur en bout de piste , peu importe pour la compagnie pétrolière que le coût d’extraction continue d’augmenter par la difficulté toujours plus grande requise par l’ extraction. Le prix reflète la rareté et donc la valeur réelle augmente , les prix s’envolent et les bénéfices à court terme, les seuls pris en compte, augmentent dans la même proportion. On a donc tout intérêt de poursuivre le ratissage systématique.

De la même manière les pays riches peuvent se permettre de racheter des droits à polluer ou à émettre du CO2 simplement en rachetant ces droits aux pays pauvres ce qui permet de diluer tout effet disuasif des grands déséquilibres naturels.  

Cette grande bourse des valeurs de la nature ne nous ferait-elle pas courir le risque d’une récupération des bons sentiments, d’une course accélérée et folle vers l’accaparement par certains du jackpot du business vert ?  

L’instrumentalisation des ressources naturelles à des fins commerciales accélérerait l’agonie de la biosphère, il ne faudrait pas qu’une bonne intention nous projette à nouveau vers un inconnu plus sombre encore.

Rêvons ensemble d’un temps où le vent soufflant sur une éolienne serait considéré comme une manne appartenant à tous, où cette brise évaluée en nombre de tours d’hélice vaudrait 1 euro par tour, taxe qui serait reversée à un fond ayant en charge la gestion du patrimoine naturel de la planète tout entière ? Cet organisme, appartenant à parts égales à 7 milliards d’humains, serait sans frontières et sans but lucratif. Il aurait pour mission, ce qui serait encore plus utopique, rien moins, que sauver ce qui reste à sauver. 

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