MASSACRE A LA PEINTURE

Posté par provola le 9 septembre 2010

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     Avant                            Après

Détruit. Je suis détruit. Il n’est pas d’autres termes pour exprimer mon humeur. La tristesse ne serait qu’une douce douleur, l’amertume, un stigmate indolore. Je me retrouve en ce jour tout badigeonné d’un fard infâme.

Car enfin, il est des lieux de méditation où l’âme parvient à se soustraire aux pesanteurs du quotidien, où nos préoccupations rejoignent l’altitude des moines tibétains, où nos angoisses s’apaisent comme un feu sans oxygène. Le sacré-coeur de Paray le Monial, magnifique témoin roman du XI ème siècle est l’un de ces havres de paix intérieure miraculeusement parvenu jusqu’à nous, un refuge de sagesse échappant aux rituels de la mise en scène de la vie, aux affres de la vacuité. Les pierres y sont un enchantement pour le passant, un pansement pour le patient.  La roche montée procure au toucher une sensation de bien-être, la lumière feutrée des temps obscurs procure l’ineffable permanence du lien historique, ce fil invisible qui nous relie à nos ayeux, à notre destin. Les pores du calcaire suintent d’une vacuité emmagasinée par le minéral pour alléger l’âme du provisoire.

La taille parfaite résonne encore des coups du maître-sculpteur, celui-là même qui s’attacha par une frappe juste à respecter ses descendants. La teinte ocre naturelle, depuis le fond des âges aspire à accrocher un clair-obscur savamment entretenu. Cette vibration minérale est un texte biblique lu par Michael Lonsdale, peu importe les mots pour le dire, l’ivresse est dans la ponctuation.

Cette manipulation de la matière inerte transcende les frontières du vivant au moment du contact cutané, la texture est une injection de pur bonheur, mieux même, de bienveillance pour les semblables. les fissures sont des égratignures intemporelles, les redents sont des marques d’une précision divine, les infractuosités, des rides de compassion.

Rien n’est plus beau que ce livre à ciel ouvert, que cette libération de l’esprit.

Tout cela a disparu par la volonté du restaurateur, gazé, pulvérisé, recouvert de honte. La peinture est maintenant maîtresse absolue du culte.

Alors quand subitement la réalité d’un maquillage improbable vous saute à la gorge, quand l’angoisse d’un pastiche absurde vous envahi, plus rien ne peut plus contenir ce déferlement d’impuissance et de ressentiment pour ce que compte d’idiots la confrérie des contemporains.

Entendez-vous la complainte des joints de pierres maltraités, la prière des contre-dépouilles effacées ?  

Comme un vernis du siècle qui vous glace le sang, la teinture choisie est une abjecte voleuse du regard, une poudre aux yeux. Ce lifting, qui est une espèce de barbotine nécrophage, que dis-je, ce barbouillage iconoclaste, n’est que le reflet d’une époque garantie dix ans.     

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