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OMBRE ROUGE

Posté par provola le 21 août 2010

Bienvenue au Portugal. 

Le pays est en flammes, tous les jours, tout le temps, partout cette odeur de cendrier. 400 incendies quotidiens, des centaines de milliers d’ hectares de forêts flagellées, des morts, des blessés. Les eucalyptus sont des torches vivantes, les pins se tordent de douleur, la broussaille n’est plus le refuge d’une faune apeurée.

Le ciel est un orage de bombes lacrymogènes, les nuages ne sont qu’une fausse dépression océanique, la vraie, c’est le manque de réaction face au désastre.

Tous coupables. Les pyromanes bien sûr, mais eux ne font que leur boulot, les pompiers plus étonnamment, pris en flagrant délire de connivence avec les propriétaires forestiers, laissant brûler le maquis pour ne pas avoir à le soigner, les bergers d’altitude qui préparent l’herbe tendre de l’an prochain, les promoteurs immobiliers, les négociants en bois, les enfants transformés en acteurs des gros titres, les barbecues, les feux d’artifices, les mégots jetés comme une contribution gratuite à l’ordonnancement de la vie.

Tous inconscients du désastre en cours, tous insupportables , le gouvernement en tête qui voit dans les statistiques des surfaces cramées des motifs d’optimisme, l’opposition qui n’oppose que les sirènes de la reprise économique.  

Nous-mêmes, qui sommes des témoins, qui sommes coupables d’indifférence estivale, de détournement d’intérêt, de déraillement politique, de connivence institutionnelle; tout cela s’apparente à du terrorisme participatif. Car il y a de l’intérêt à l’enfer. 

Les plages s’entassent, les discothèques débordent, les restos se gavent, le peuple trinque au premier degré, la maison commune se transforme deci delà en une braise qui s’assume, transgressant les normes du bien-être, les colonnes de fumée participent d’une téléphonie de tribus indiennes. Le spectacle est pesant, la canicule n’est plus qu’une agréable brise apaisant les brûlures, une météo de bulletins de guerre se substituent aux horoscopes désopilants.

Mais le Portugal qui n’est qu’une anecdote géographique de l’Europe est son épicentre sensitif, sa flagellation systémique, son obstination profitable. Ici tout y est plus bordélique, c’est à dire libéral, tout y est privé, privé de sens, les hôpitaux profitent aux riches où débarquent des combattants du feu en mal de tranchées, les écrans plats organisent l’indifférence générale, noyant l’enfer sous des torrents de spots, le foot est le viagra d’une nature à bout de souffle. Les vrais artificiers sont à Bruxelles qui fomentent l’ordalie écolo, qui subventionne la nouba d’été. L’heure est à l’épuration de la crise, pas à la protection des derniers pans de verdure.

Le carburant est bio, le beurre est bio, le vin est bio, les ogms sont bios, les partis verts sont bios, l’Europe des étalages de supermarchés est bio, la bagnole est bio, alors que voulez-vous que les blessures des vestiges d’essences naturelles évoque à une opinion gavée.   

Que restera-t-il de cette course insensée au son des tirelires, de cette manipulation du vivant, de cette transformation de l’homme en simple objet de commerce ?

Il plane au dessus de nos têtes un soleil voilé par des rideaux de fumée, une lumière d’éclipse, comme un parfum âcre, notre ombre rouge et cramoisie n’est qu’un reflet du mécontentement du ciel. 

Heureux de vous retrouver.

 

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