IL ETAIT UNE FOIS KATMANDOU

Posté par provola le 29 juillet 2010

Avant la mondialisation, avant le shopping, avant les profits, avant la course aux richesses, au pied des grandes tours blanches, se cachait une vallée, pas plus large qu’un champ fleuri, coulait une rivière pas plus longue qu’une vie d’homme. 

A  Paschupatinath, crépitements des coeurs, au dernier soupir, les morts luisants se reflétaient dans les souvenirs du débit, les Dieux en transit s’échangeaient leurs passeports, il n’était point de consignes et de passe-droit, l’harmonie régnait, un point c’est tout.

Le Bouddha juste au dessus de l’horizon, sur la colline aux singes, accompagnait du regard les passants impénitents, quelques vishnous égarés sur l’herbe bitumée ralentissaient l’écoulement des cycles de vie, les roues s’enhardissaient dans un tourbillons de respirations. Un sourire d’ordinaire expression, un hochement du chef, « namasté ! », les mains jointives, une clé universelle. Des statues cardiaques, des pagodes en équilibre, des prières pour seule industrie, une éternelle instantanéité, des artistes partout qui consacraient leur existence aux plus hautes destinées, délicate souffrance.  Des êtres libres sans distinction de becs, de langues et de mantras.

Des notes inconnues à éloigner les moustiques, une chaleur inusuelle sans rapport avec la météo, le temps dans le fond absent des débats, un creuset de liberté.

Puis les antennes apparurent sans prévenir les piafs, concurrence déloyale, les débits de boissons, les hordes de sacs, les troupeaux d’obstinés de la montagne, les sniffeurs d’air pur, les accrocs, coke bon marché, l’abondance de dérisoire, la puanteur en soupape, bazars en guenilles.

Autrefois décor inaccessible aux rêves les plus fous, la vallée est le cauchemar des Dieux, la rivière éternelle charrie une mort réincarnée. La Bagmati est plus polluée que le Gange et le Brahmapoutre réunis, l’eau est plus lourde que le plomb et la vie n’est plus qu’une longue agonie. Autrefois les chiens errants s’arrachaient les restes des sacs en plastique, mais aujourd’hui les enfants sont des chiens qui n’ont plus d’air à respirer que la colle en sac plastique. 

Les filles ont quitté les versants fleuris pour remplir les bordels en fleurs, les touristes amoureux des cimes s’attendent à plumer les libidos vierges, plus jeune est la carne et plus hardi l’alpiniste qui trouve ici les parois discrètes.

Les Dieux crèvent à feu doux mais la population a admis la norme et le talon aiguille, l’atmosphère brûle la gorge, l’eau est imbuvable sauf pour les pauvres qui ont le droit de crever, mais le commerce avance, la banlieue dresse une armée de déçus.

Pauvreté et grandeur d’âme sont désormais précarité et misère de l’esprit.

Le tout est un plagiat à échelle réduite de la confusion générale qui voit du bonheur dans chaque foire et du profit dans chaque frustration.  

 

 

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