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SARAMAGO: LE TEMPS DU HURLEMENT

Posté par provola le 18 juin 2010

José Saramago, prix nobel de littérature 1998 nous a quittés aujourd’Hui :     Hommage 

entretien « le monde »:

Après votre prix Nobel en 1998, vous êtes-vous senti investi de responsabilités nouvelles ?  

« Bien sûr, car j’étais le premier écrivain de langue portugaise à recevoir cette distinction. De ce fait, j’ai senti le devoir de me mettre à hauteur de presque un siècle de littérature portugaise en me rendant disponible à tous. Je suis allé partout où l’on m’invitait, au Brésil, au Mozambique et bien évidemment au Portugal (1). Même si cela fut éprouvant, voir la joie et la fierté de ces gens – qui pour certains ne m’avaient sans doute pas lu – m’a vraiment rendu heureux : j’avais accompli mon devoir d’écrivain et de citoyen. Pour le reste, ce prix n’a rien changé. Je suis resté le même homme. Il m’arrive d’ailleurs de me surprendre moi-même en me disant : « Tu as le Nobel ! »   Nous vivons à une époque où l’on peut tout discuter mais, étrangement, il y a un sujet qui ne se discute pas, c’est la démocratie. C’est quand même extraordinaire que l’on ne s’arrête pas pour s’interroger sur ce qu’est la démocratie, à quoi elle sert, à qui elle sert ? C’est comme la Sainte Vierge, on n’ose pas y toucher. On a le sentiment que c’est une donnée acquise. Or, il faudrait organiser un débat de fond à l’échelle internationale sur ce sujet et là, certainement, nous en arriverions à la conclusion que nous ne vivons pas dans une démocratie, qu’elle n’est qu’une façade.      

Pour quelles raisons ?  

« Bien sûr on pourra me rétorquer que, en tant que citoyen et grâce au vote, on peut changer un gouvernement ou un président, mais ça s’arrête là. Nous ne pouvons rien faire de plus, car le vrai pouvoir aujourd’hui, c’est le pouvoir économique et financier, à travers des institutions et des organismes comme le FMI (Fonds monétaire international) ou l’OMC (Organisation mondiale du commerce) qui ne sont pas démocratiques. Nous vivons dans une ploutocratie. La vieille phrase, « la démocratie, c’est le gouvernement du peuple par et pour le peuple », est devenue « le gouvernement des riches par les riches et pour les riches »

Dans L’Histoire du siège de Lisbonne, l’un de vos personnages dit : « Bénis soient ceux qui disent non, car le royaume de la terre devrait leur appartenir. (…) Le royaume de la terre appartient à ceux qui ont le talent de mettre le « non » au service du « oui ». » C’est ce que vous illustrez ici ?   « Non » est pour moi le mot le plus important. D’ailleurs, chaque révolution est un « non ». Mais, le problème de la nature humaine c’est que petit à petit ce « non » devient un « oui ». Il arrive toujours un moment où l’esprit de la révolution, la pureté qu’elle porte, est dénaturé et où après vingt ou trente ans, la réalité devient tout autre. Et, malgré tout, on continue à parler d’une révolution qui n’existe plus. C’est comme la liberté : que de crimes ont été commis en son nom… »     

L’eurosceptique que vous êtes a dû être satisfait du non que la France a opposé au projet de Constitution européenne ?  « Je ne sais pas quelle France a voté cela, mais j’ai beaucoup aimé ce sursaut. D’un point de vue culturel, la France est pour moi d’une importance fondamentale, même si je pense qu’elle a laissé tomber son rôle de phare. Si vous réussissez à le récupérer, ce serait formidable pour l’Europe et le monde. »     

Vous dénoncez dans La Lucidité, l’instrumentalisation par certains Etats du terrorisme et de la peur…   »Cette instrumentalisation existe depuis toujours. Le 11-Septembre l’a simplement rendue plus visible. Dans une légitime défense contre le terrorisme islamique et les méthodes qu’on utilise, il y a aussi du terrorisme d’Etat. Les Etats-Unis le savent, tout comme nous. Le problème, c’est que cela paraît normal. Il n’y a pas de surprise : chaque fois qu’un gouvernement utilise des mesures d’exception au nom du terrorisme, il répond avec une autre forme de terrorisme.  »

Avec ce roman, on voit que vous êtes fidèle à votre devise : « Plus on est vieux, plus on est libre, plus on est libre, plus on est radical »   «  La vieillesse n’est pas une condition à la liberté, tout au contraire. Néanmoins, dans mon cas, après réflexion, j’en suis arrivé à la conclusion qu’elle m’a accordé effectivement plus de libertés. Ce qui m’a conduit à devenir plus radical comme l’illustre ce livre où j’ai mis d’ailleurs en épigraphe : « Hurlons, dit le chien. » Ce chien, c’est vous, c’est moi, c’est nous tous. Jusqu’alors nous avons parlé, nous nous sommes exprimés sur de multiples sujets sans nous faire véritablement entendre. C’est pourquoi, il faut à présent hausser le ton. Oui, je crois que le temps du hurlement est venu.  »

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