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BIENVENUS EN ENFER

Posté par provola le 3 février 2010

Il faut que chaque Français sache que l’enfer existe et que ça se passe en France, dans la ville de Fernandel.

Visiter une partie de sa propre vie au parloir de la prison des Beaumettes c’est aborder le film hollywoodien par son coté obscur, le plus glauque, par son coté Blade Runner, on y devient Harrisson Ford traqueur de répliquants, limier au milieu des robots, sauf qu’ici les robots sont les geôliers. Dès le sas d’entrée, le blindage, les grilles, les ponts-levis, les meurtrières et les trappes  franchis , l’angoissante sensation d’être soi-même coupable vous prend à la gorge et la peur vous noue les trippes qu’on ne vous indique plus jamais la direction de la sortie.

Nulle trace d’humanité en ces lieux crasseux ou la crasse a des siècles d’existence.

Si les Champs Elysées sont l’expression du libertinage et de la fierté nationale, les Beaumettes sont la honte de la nation, une bonne raison pour tailler la république des annales de la démocratie.

Si l’idée était qu’un prisonnier était censé revenir meilleur du séjour de pénitence, cette baliverne est à oublier vu l’indigne mise en scène, le délabrement total des règles et du piège à rats. Si l’idée était qu’un bagnard est forcément un coupable, il n’est que de pénétrer le vagin de l’obscène pour saisir qu’un régime vicié est à la base de profondes injustices. Innocents ou coupables, point de différence de traitement , ici on ne fait pas dans la dentelle, mais au fond , aucun taulard et aucun coupable n’est assez coupable pour mériter ce traitement, même les gardiens. 

Le parloir est un monument à la mémoire de tous les faits de guerre, un Birakeim emmuré, le prisonnier est un miraculé, un ressuscité en instance de départ vers sa mort lente.

Décrire l’enfer n’a aucun intérêt si ce n’est à dissuader les chiens de la finance et les loups du business d’y échapper. Décrire l’enfer, c’est donner la direction de la solution finale aux responsables d’un tel anachronisme. Maires de Marseille emmaillotés de l’OM R ou Organisation à Moralité Réduite, Présidents de toutes les cinq Républiques alors qu’il en eut suffi d’une pour détruire ce plagiat de la Bastille, juges en tous genres, donneurs de sentences erronées, visionnaires  de la confrérie des aveugles, membres de la gesticulation de l’avant-bras, transfuges de l’effet de manche.

L’horreur avec les Beaumettes, c’est que même sortis, on y échappe pas, comme si les flammes vous poursuivaient bien au delà de la brûlure, comme si les cicatrices n’étaient que stigmates obsessionnels.  

Et il faudrait repeindre bien plus que les murs et les troubles mentaux des pensionnaires pour qu’une trêve des brises rende le mistral moins gonflant.

Si je me mets à rêver du jour J de la Révolution, la vraie, celle qui ferait passer celle de 89 pour du pipi de chat, nul doute que ce jour béni de mon sommeil sera d’abord celui de la prise des Beaumettes.

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