LES LOUPS EN BLOUSE BLANCHE

Posté par provola le 16 janvier 2010

Haïti c’est l’histoire du partage du monde en deux rondelles antagonistes, partage au sens de coupure définitive, on l’aura bien compris. La langue y est le signe de l’esclavage, comme elle n’a pas changé, elle reste le symbole du pillage systématique des uns par les autres.

Haïti est devenu en quelques heures le pôle de l’humanitaire, comme si la solidarité avait besoin de coups de semonce pour s’ébrouer. Tout ce remue-ménage est un tsunami de larmes de crocodiles, un scoop médiatique faussement compassionnel. Les croix rouges et les gilets de sauvetage occupent l’affect et sauvent l’image de marque d’une société qui fait de l’individualisme forcené le moteur du développement, de la concurrence sans frontières une guerre pacifique. 

La réalité c’est l’accaparement des richesses, la spoliation muette et consensuelle, les murs économiques, les barbelés monétaires, les paradis fiscaux, le quotidien c’est qu’il faut se racheter une bonne conscience à bon compte, sauver la face du capitalisme financier, coûte que coûte, et à Haïti , ça ne coûte rien.

Les pays riches vont y aller de leurs tonnes de vivres, de leur embompoint d’empathie, de leur commisération délétère, de leur culot en forme de rédemption à moindres frais.

Les Etat-unis sont déjà sur place, la Chine débarque des fois qu’ il y ait des parts du marché des pauvres à gagner, l’Allemagne est un fleuve d’agitation en crue, on va bientôt voir débouler la Suisse et le Luxembourg, les grands pilleurs patentés. Rien de tel qu’une bonne catastrophe pour se refaire une virginité au pays des putes adolescentes.

Comme l’élan du coeur passe bien à l’écran, surtout les écrans plats, combien de témoignages, de sauvetages in extremis, d’exploits, de mains serrées, d’accolades. Et l’on se gargarise pour chaque vie sauvée, c’est encore mieux si elle est Française.

De Funes de funeste arrogance vient nous annoncer l’annulation de la dette d’ Haïti vis à vis des pays riches et de son bras armé, le FMI. Tant qu’Haïti était agonisant, on était prêt à l’essorer jusqu’ à l’ultime larme, maintenant que la mort rôde on estime que la guillotine est devenue inutile.

Kouchner s’en vient en mission de com à l’aéroport Charles de Gaulle pour recevoir les premiers survivants français, il se fait copieusement conspuer car on sent que tout ce manège pue la charogne.

Comment oublier les décennies d’indifférence ? Comment ne pas voir que les sauveteurs du haut de leur courage sont les envoyés spéciaux  des bas fonds de l’humanité, des responsables des misères modernes, des coupables de non assistance à planète en danger, des meurtriers du quotidien.

Quand comprendra-t-on que la solidarité c’est avant et qu’après, c’est du remord.   

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