• Accueil
  • > Archives pour le Dimanche 11 janvier 2009

TRAVAIL DU DIMANCHE, REVOLUTION A L’ENVERS

Posté par provola le 11 janvier 2009

L’étude du projet de loi sur le travail du dimanche a été reporté siné dié , faute d’avoir pu rassembler un quorum au sein de l’assemblée nationale . Cette disposition aurait pu soulever une levée de bouclier parmi les députés de la majorité alors que l’opposition socialiste a toujours été contraire à une telle loi . 

Seule la volonté du Président de la République de maintenir le cap du travailler plus pour gagner plus semblait vouloir porter l’ouverture des commerces le dimanche sur un piédestal idéologique .

Il est vrai qu’il existe en théorie de nombreuses manières d’augmenter le pouvoir d’achat des salariés et l’une de ces manières est de détruire les gardes fous qui avaient conduit la société au cours des décennies passées à réduire le temps de travail. On peut bien imaginer qu’en disposant de commerces ouverts 24H SUR 24 et 7 jours SUR 7 , les consommateurs auraient la possibilité de consommer plus et donc d’accroître le chiffre d’affaire global de la distribution et donc la création de profits et donc la création d’emplois.

Le libéralisme est ainsi fait , (Adam Smith avait été le précurseur de ces grandes idées libérales) nous l’avons déjà vu qu’il porte en lui même le sentiment qu’ une entité supérieure dite loi du marché régulera in fine le processus de création de richesses pour finalement aboutir à une redistribution de.ces profits.En théorie tout fonctionne à merveille. Sauf que

L’ouverture des négoces le dimanche est surtout faite pour profiter à la grande distribution qui trouve là un terrain favorable à une nouvelle progression de sa part de marché vis à vis du petit commerce . Ce petit commerce profitait jusqu’alors d’un créneau permettant de bénéficier de l’absence des grandes surfaces , on peut donc imaginer par quel processus inique la création d’emploi dans les supermarchés peut à terme éliminer un nombre bien plus important d’emplois dans les centres villes . On peut estimer qu’un emploi gagné dans les grandes surfaces correspond à 2 emplois perdus dans le petit commerce , en considérant que les salaires chez les divers Auchan Carrefour ou Casino sont tous des  salaires  minimum on peut mesurer l’étendue des dégâts collatéraux auxquels nous devrions faire face par une telle mesure . Ce processus de destruction d’emploi et de paupérisation du salariat a été le résultat de nos politiques d’augmentation des surfaces de vente et de concentration des enseignes et il est parfaitement mesurable, il n’y a aucune raison de penser que de donner à nouveau des armes aux plus forts bénéficierait aux plus faibles.

Des mêmes exemples de paupérisation du salariat par une précarisation un alignement aux minimas sociaux , un recours systématique aux contrats intérim ou des temps partiels tout ce schéma classique est en cours actuellemnet dans des pays voisins nouvellement entrés dans la communauté européenne comme le Portugal. Les enseignes françaises y ont bénéficié de largesses infinies qui leur ont permis de s’imposer comme les grands gagnant de la modernisation de l’économie . 3 majors se sont désormais assuré des parts de marché majoritaires ce qui a conduit à la création de monopoles qui réduit à néant les espoirs d’une véritable concurrence .

Le même exemple de ce qu’on appelle modernisation de l’économie a porté à l’augmentation à 1000 m2 sans autorisation préfectorale, des surfaces de ventes des magasins , ce qui bénéficie en dernier ressort aux mêmes monopoles de fait.

Bien sûr, on peut penser que la mise en place de la loi a un effet bénéfique dans une toute première phase, ainsi l’ouverture du dimanche peut jouer comme un électrochoc pour le consommateur qui se dit que l’achat du dimanche se joue dans un contexte de nouveauté,ce qui peut impulser l’acte d’achat . Dans cette hypothèse , l’effet nouveauté a des chances de provoquer un effet d’aubaine qui peut relancer les ventes . A terme , il est clair ,que cet effet s’estompant , le retour de bâton ne pourrait être que contre-productif . On peut par exemple mesurer ce phénomène en étudiant l’effet positif sur les ventes autos d’une prime à la casse , ou d’une vignette écolo , malheureusement , on s’aperçoit que l’effet ne peut être que de courte durée  et la chute des ventes est toujours plus brutale que la hausse due à l’effet de lancement.

De la même manière les pertes d’emploi à terme seront encore catastrophiques pour le petit commerce , mais il est vrai que les élus à l’origine de ces lois contre-productives auront probablement déjà été remplacées et n’auront donc plus à rendre des comptes.  

On voit donc que si, sur un strict raisonnement économique , l’ouverture des commerces le dimanche est en fait un non-sens, une autre question que nous devons nous poser est le pourquoi de cette nécessité impérieuse d’accroître le pouvoir d’achat des salariés dans le contexte d’une société toujours plus riche . Comment se fait-il qu’une économie en croissance permanente ne donne au bout du compte qu’une paupérisation accrue d’une partie toujours plus croissante de la population ?

Il y a là un mystère qui ne peut être résolu qu’en étudiant la dérive qu’a subit la rétribution du travail salarié par rapport à celle ayant bénéficié au capital .En 30 ans , dans l’ensemble des pays occidentaux, on peut estimer à 10 points de PIB la part des profits étant passée de la poche des salariés à celle des actionnaires . Dans notre économie libérale et tout les acteurs de poids sont calqués sur cette idéologie , on entend claironner à tout va qu’il faut d’abord créer de la richesse avant de pouvoir la distribuer , c’est là le moteur du processus libéral , son postulat de base . OK pour la création de richesses , on peut bien admettre ce schéma de base qui semble calqué du bon-sens, mais que dire de la vocation première de cette création de richesse, sous-entendue dans la deuxième partie du postulat, c’est à dire l’utilisation des termes: »pour pouvoir la distribuer » .Il semble inéluctable dans cette équation simpliste, qui parait d’une honnêteté biblique, que l’action privée est portée par le bien commun, que tout travail porte à un profit qui normalement, au bout du compte, doit forcément, par un effet magique, bénéficier à la majorité .

On voit bien que les chiffres ne disent pas cela . Si l’actionnaire possède la base qui va permettre  la constitution de la machine productive , les salariés sont le pendant indispensable au fonctionnement de cette machine et donc devraient se voir associés, à part égale dans la base de partage des profits. Ce n’est bien évidemment pas le cas, 10 point de PIB passés en trente ans du salaire au capital ce sont pour la France, 150 milliards d’euros qui ,par an, manquent en fait au bon fonctionnement de l’économie . On pourrait penser que si ces milliards sont dans les poches des plus riches , ils seront dépensés à terme pour faire tourner l’économie , on voit encore une fois que ce n’est pas les cas et que cet argent alimente plutôt l’épargne , les paradis fiscaux ou les voyages outremer . 

On voudrait donc augmenter les salaires en faisant travailler plus mais on ne se pose pas la question du partage des bénéfices . Ainsi le groupe Auchan a-t-il vu ses bénéfices exploser ainsi que la fortune de son PDG et celle des 200 membres de la famille Mulliez alors que les caissières restent au smic durant toute leur carrière et que les contrats précaires n’ont jamais été aussi nombreux . De même peut on regretter que certains membres de la famille Mulliez (propriétaire de ce groupe ,comprenant  également Décathlon, Trois Suisses, Alinea,Boulanger ) aient trouvér refuge en Belgique pour échapper à l’impôt sur la fortune, mais cela est une autre histoire, bien qu’elle fasse partie de la même histoire . Bien sûr personne n’ ose remettre en cause les rêves des petites filles qui veulent souvent devenir caissières car elles croient que celles-ci possèdent tout l’argent qu’elles brassent, on doit pourtant admettre que souvent cet argent fini d’alimenter le coffre fort de l’oncle picsous.

Nous avons vu que le travail de dimanche n’est pas une solution du strict point de vue économique , deuxièmement que cela cache en fait le manque épocal de partage des fruits du travail et non pas un niveau intrinsèquement bas des possibilités de rétribution du travail, il reste maintenant à aborder le point de vue philosophique , la mise en perspective d’une telle loi sur ce que celle ci implique sur la façon dont nous comprenons l’ordonnancement de la vie , sur la place qui doit être réservée à la réflexion qui est une confrontation permanente à la mort,mais aussi à la morale et donc à la façon de se comporter vis à vis des autres et de comprendre notre propre destin.   

 On peut supposer à entendre l’argumentation libérale que notre relation à autrui se borne à notre valeur marchande . Nous pouvons acheter tant donc nous vallons tant , on se classe alors dans l’une ou l’autre des catégories de la société qui distingue et divise  simplement les individus par leur pouvoir d’achat . La loi du marché enferme la dimension du bonheur dans la possibilité ou non de l’acte d’achat . On entend tout le temps parler de la confiance du consommateur, qui sous entend le bonheur des individus , cet indice du bonheur servant à nos économistes à mesurer  le seuil à partir duquel doit se réaliser l’acte fondateur de notre société de consommation , l’acte d’achat, la publicité ,le matraquage servant à abaisser ce seuil de manière artificielle. A partir du moment où il n’existe pas d’autre dimension que la valeur marchande , le système se simplifie totalement et il est facile de penser qu’en augmentant de manière mathématique, en l’occurrence le nombre d’heures et de jours d’ouverture des magasins, on obtient un résultat bénéfique sur la propension du consommateur à laisser libre cours à ses pulsions consuméristes ,à assouvir son principal désir , l’achat .  On peut souligner également que l’achat est un acte égoîte par excellence car il sert la volonté très répendue et encouragée de vouloir se démarquer de son prochain. Posséder ce que mon prochain ne possède pas est un véhicule supplémentaire de la construction de la personnalité, un outil important utilisé par les publicistes habiles à exploiter la cupidité des individus victimes d’un désir irrésistible se sentir différents ou parfois même égaux aux autres dans une volonté clanique.

N’en déplaise à nos mentors de la conscience populaire, l’homme a encore des chances de pouvoir se défaire de cette robotisation larvée , de cette obligation qui semble lui être faite de ne se borner qu’à être un acheteur ou un vendeur. Assouvir ses désirs et en particulier  son désir de se mesurer à son semblable en exerçant son pouvoir d’achat,  ne le dispense pas de se retrouver un jour confronté à sa propre mort qui est aussi le moment de la question existentielle. Comme on n’échappe pas à la mort , on n’échappe pas à la confrontation avec soi-même, qui est affaire de sagesse et non pas de pouvoir d’achat.

Et tous les paradis fiscaux ne mènent pas au paradis.     

Publié dans POLITIQUE | Pas de Commentaire »

 

Commission du Développement... |
MoDem Mulhouse |
L'Atelier Radical |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Saisir le Présent, Construi...
| Parti Ouvrier Indépendant :...
| Vivre Villerupt Autrement